À quoi servent les tests et les consultations citoyennes si les décisions sont déjà prises ?
C’est une question que je me pose de plus en plus souvent au Conseil communal d’Uccle.
On organise des réunions. On lance des tests. On demande l’avis des riverains. Des comités de quartier se mobilisent, des citoyens consacrent du temps à analyser les projets, à écrire, à proposer des alternatives.
Tout cela est positif. C’est même indispensable dans une démocratie locale vivante.
Mais encore faut-il que cette participation puisse réellement influencer les décisions.
Car si les habitants sont consultés alors que les grandes orientations sont déjà arrêtées, à quoi sert la concertation ?
Le Conseil communal du 15 octobre nous en a donné plusieurs exemples.
Rue Robert Jones : écouter les habitants… mais jusqu’où ?
Le dossier de la rue Robert Jones est particulièrement révélateur.
À l’origine, les riverains demandaient essentiellement la rénovation des trottoirs et une réponse au chaos provoqué par la dépose des enfants de l’école Notre-Dame-des-Champs.
Au fil du temps, le projet est devenu beaucoup plus important : un réaménagement complet de façade à façade, avec notamment une piste cyclable et une réorganisation de la voirie.
Et le budget est passé d’environ 500.000 euros (voté en 2025) à 838.000 euros. Soit 383.000 euros pour une piste cyclable de 500 mètres. Un investissement demandé par le groupe Ecolo qui est discutable lorsque l’on connait les difficultés financières de la commune.
Entre-temps, pourtant, une donnée importante a changé : l’entrée des maternelles a été déplacée rue Zeecrabbe, ce qui a déjà modifié la circulation et ramené davantage de calme rue Robert Jones.
Les riverains et le comité de quartier ont formulé de nombreuses observations. On leur répond qu’elles pourront encore être prises en compte lors de l’enquête publique.
Très bien.
Mais si le principe même du projet est déjà décidé et voté, quelle marge reste-t-il réellement pour modifier les choix essentiels ?
La question n’est pas d’être pour ou contre le vélo. Elle est de savoir si le projet reste proportionné aux besoins actuels de la rue et si les remarques des habitants peuvent encore réellement peser.
Statuaires-Groeselenberg : pourquoi organiser un test si l’on décide avant d’en connaître les résultats ?
Même interrogation concernant le bas de l’avenue des Statuaires et la rue Groeselenberg.
Un test de mobilité de six mois est actuellement en cours concernant la suppression de la bande de tourne-à-droite vers l’avenue De Fré.
Ce test doit précisément permettre d'observer les conséquences du dispositif sur la circulation et le quartier.
Dans le même temps, un projet d’aménagement d’environ 1,5 million d’euros avance.
Nous partageons l’objectif d’améliorer la gestion des eaux pluviales et la qualité de l’espace public. Ce n’est pas cela qui est en cause.
Mais une question de bon sens se pose : pourquoi lancer un test si l’on n’attend pas ses conclusions avant de confirmer les choix d’aménagement ?
Tester doit servir à évaluer. Évaluer doit permettre d’adapter. Et parfois, si les résultats l’exigent, de renoncer ou de revoir un projet.
Sinon, le test devient une simple formalité.
La participation citoyenne ne peut pas être un alibi
C’est précisément là que se situe, pour moi, le problème.
Je crois profondément au dialogue entre les citoyens et leurs élus. Je vois aussi, sur le terrain, combien les habitants connaissent leur rue, leur quartier, les problèmes de circulation, de stationnement ou de sécurité qu’ils rencontrent quotidiennement.
Leur expertise d’usage est précieuse.
Cela ne signifie évidemment pas que chaque demande individuelle doit être suivie ni que quelques riverains disposent d’un droit de veto sur l’intérêt général.
Consulter ne veut pas dire renoncer à décider.
Mais consulter implique d’accepter que le dialogue puisse modifier la décision.
Sinon, nous créons de la frustration et, plus grave encore, de la défiance envers les institutions.
Écouter avant de décider
Pour Les Engagés, la participation citoyenne ne doit pas être la dernière étape d’un projet pratiquement ficelé.
Elle doit intervenir suffisamment tôt pour permettre un véritable débat sur les options possibles.
Cela signifie expliquer les contraintes, présenter les alternatives, écouter les objections, mesurer les conséquences et, lorsque les arguments sont pertinents, accepter de revoir le projet.
C’est cela, pour moi, une démocratie locale vivante.
Un test dont on n’attend pas les résultats n’est pas vraiment un test.
Une consultation qui ne peut plus rien changer n’est pas vraiment une consultation.
À Uccle, nous continuerons donc à défendre une autre manière de faire : décider, bien sûr, car c’est la responsabilité des élus, mais décider après avoir écouté, évalué et réellement tenu compte de la réalité du terrain.
Parce qu’au fond, la question est simple : à quoi sert de demander l’avis des citoyens si, lorsqu’ils répondent, la décision est déjà prise ?




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