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L’usure politique : s’engager, c’est aussi avoir le droit de douter

Photo du rédacteur: Patricia Nagelmackers
Patricia Nagelmackers
15 sept.
3 min de lecture

On parle beaucoup de la défiance des citoyens envers la politique. Beaucoup moins de ce que la politique peut produire sur celles et ceux qui ont choisi de s’y engager.

Pourtant, l’usure politique existe.

Je la découvre moi-même, à mon échelle, comme conseillère communale et cheffe de groupe à Uccle.

La politique locale est probablement celle qui nous place le plus directement face aux réalités quotidiennes. Derrière un dossier de mobilité, un budget, un projet immobilier, une maison de repos, une école ou l’installation d’un centre d’accueil, il y a toujours des personnes directement concernées.

Des habitants qui vous écrivent. Des citoyens qui vous interpellent dans la rue. Des personnes inquiètes, parfois en colère. Des situations auxquelles il faut essayer d’apporter une réponse.


Et c’est précisément pour cela que je me suis engagée : parce que je reste convaincue que la politique peut être utile lorsqu’elle reste proche des gens.


Mais je veux aussi pouvoir dire quelque chose que nous reconnaissons rarement : parfois, c’est difficile.

Il y a d’abord la violence du débat politique.

Les réseaux sociaux ont accentué une logique dans laquelle tout doit être immédiat, tranché, définitif. Il faudrait avoir un avis sur tout, ne jamais hésiter, ne jamais se tromper et surtout ne jamais montrer le moindre doute.

Le débat politique ressemble alors parfois davantage à un affrontement entre camps qu’à une recherche de solutions.


Mais il existe aussi une autre forme d’usure, dont on parle encore moins : celle qui apparaît lorsque nos convictions personnelles se confrontent aux décisions de notre propre camp.

Je suis engagée chez Les Engagés. J’en partage les valeurs fondamentales et je reste profondément attachée à ce projet politique.

Mais cela ne signifie pas que j’approuve automatiquement chaque décision prise par mon parti ou par les gouvernements auxquels il participe.

Certaines mesures m’interrogent.

Certaines me mettent parfois mal à l’aise.

Et il m’arrive de me demander si la décision prise correspond réellement à la manière dont j’imaginais notre engagement politique.

Longtemps, j’ai pensé que ces interrogations étaient peut-être une faiblesse.

Aujourd’hui, je pense exactement l’inverse.


Le doute n’est pas nécessairement un signe de déloyauté. Il peut être une exigence démocratique. Être membre d’un parti ne signifie pas abandonner son esprit critique à l’entrée.

Un parti politique n’est pas un club de supporters. Nous pouvons partager un projet collectif sans renoncer à notre liberté de réflexion.


La loyauté politique ne devrait jamais consister à expliquer que tout ce que fait son camp est formidable et que tout ce que fait le camp adverse est mauvais.

Cette logique contribue précisément à éloigner les citoyens de la politique.

Car les citoyens voient les contradictions. Ils voient lorsque nous défendons aujourd’hui ce que nous dénoncions hier. Ils voient lorsque la discipline partisane prend le dessus sur la conviction.

Et ils ont raison de nous demander de la cohérence.


À l'échelon communal, cette réalité est encore plus forte.

Lorsque je siège au Conseil communal d’Uccle, je ne représente pas seulement une couleur politique. Je représente aussi des citoyens qui attendent de moi que je lise les dossiers, que je pose des questions, que je contrôle les décisions et, lorsque je le juge nécessaire, que je dise que je ne suis pas d’accord.

Même lorsque cela est inconfortable.

C’est peut-être cela qui protège finalement de l’usure politique : retrouver régulièrement la raison pour laquelle on s’est engagé.

Pas pour défendre une structure.

Pas pour gagner chaque polémique.

Pas pour avoir raison contre les autres.

Mais pour essayer, modestement, d’améliorer les choses.


Cela implique d’accepter les compromis. La politique sans compromis n’existe pas. Mais compromis ne doit pas devenir synonyme de renoncement permanent.

Il doit rester quelque part quelques lignes rouges, quelques convictions suffisamment fortes pour nous obliger parfois à nous demander : « Est-ce encore juste ? Est-ce encore cohérent avec ce que nous avons promis ? Est-ce que je peux personnellement défendre cette décision ? »

Ces questions sont parfois inconfortables.


Mais le jour où nous cesserons complètement de nous les poser sera peut-être plus inquiétant que le doute lui-même.


L’usure politique ne vient donc pas seulement du nombre de réunions, des soirées qui se terminent tard, des dossiers à lire ou des critiques à encaisser.


Elle vient aussi du risque de perdre progressivement le sens de son engagement.


Et c’est précisément pour cela que je crois qu’il faut préserver, en politique, le droit au doute, le droit au débat interne et même le droit au désaccord.

Parce qu’au fond, rester engagé ne devrait jamais signifier cesser de penser par soi-même.

Et peut-être que faire de la politique autrement commence aussi par là.


Patricia Nagelmackers

Conseillère Communale et Cheffe de groupe - Uccle - Les Engagés


 
 
 

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