Il est urgent de réformer Actiris: passer d’une politique de moyens à une politique de résultats
- Patricia Nagelmackers
- 20 févr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Pourquoi, je vous dis ça ?
Parce que ce matin en me rendant chez mon fils, j’ai rencontré une amie à lui qui est puéricultrice. Elle cherche du boulot en crèche, elle a 30 ans et est maman d’une petite fille de 5 ans.
Elle me raconte qu’elle s’est rapprochée d’Actiris pour essayer de trouver une place dans une crèche à Etterbeek, Auderghem, Watermael-Boisfort, Ixelles…elle est ouverte à tout pour travailler.
Elle a donc pris rendez-vous chez Actiris. Elle s’est présentée ce matin et la conseillère était absente pour maladie. Et personne ne l’a prévenue, personne ne s’est substitué à cette conseillère absente.
Donc elle s’est déplacée pour rien. Quel manque de respect, de peu de considération pour la personne demandeuse d’emploi.
Quel Manque de professionnalisme de la part d’Actiris.
Je me suis dit, il est urgent que çà bouge, surtout avec l'arrivée de la réforme sur le chômage.
À Bruxelles, nous avons un paradoxe : une Région où l’activité économique existe, où des secteurs cherchent de la main-d’œuvre, et pourtant un chômage structurel qui s’enracine.
Dans ce paysage, Actiris est un acteur central — et c’est précisément pour cela qu’il doit évoluer.
D’abord, remettons l’échelle des moyens au centre du débat. En 2024, Actiris représente un budget final de 767,5 millions d’euros, financé très majoritairement par la Région : 731,6 millions, soit plus de 95% de ses recettes. Ce n’est pas un “petit service”, c’est une machine publique de premier plan, au cœur de la politique de l’emploi bruxelloise. Son fonctionnement mobilise à lui seul 167,9 millions d’euros de dépenses réalisées en 2024. Et Actiris, ce sont aussi 1.518 personnes (1.291 ETP) qui travaillent au quotidien.
Quand autant d’argent public et d’énergie collective sont engagés, une exigence s’impose : l’efficacité.
Pas l’efficacité “comptable”, mais l’efficacité sociale : des délais raccourcis, des parcours plus simples, une orientation rapide vers l’emploi, la formation ou l’expérience en entreprise — surtout pour les publics les plus fragiles.
C’est le sens de la réforme portée ces dernières semaines au Parlement bruxellois, soutenue dans la discussion par plusieurs formations, dont le MR et Les Engagés. L’idée est simple : sortir de l’attente. Concrètement, les propositions mises sur la table visaient à réduire les délais d’évaluation et à garantir qu’au plus tard dans les deux mois suivant l’inscription, chaque chercheur d’emploi reçoive au moins une solution concrète : une offre d’emploi “convenable”, un stage en entreprise ou une formation qualifiante. Elles prévoyaient aussi de recentrer les ressources d’Actiris sur l’accompagnement : au moins 50% du personnel affecté à cette mission de base.
Alors, pourquoi cette réforme n’a-t-elle pas abouti ? Parce qu’à Bruxelles, la politique de l’emploi est trop souvent prisonnière d’un réflexe idéologique et de rapports de force.
Le MR accuse le PS, avec Écolo et Groen, d’avoir déposé des amendements qui ont “dénaturé” le texte et empêché l’adoption d’un cadre opérationnel. Des récits médiatiques parlent d’une séance plénière particulièrement confuse et tendue, symptôme d’un Parlement qui peine à décider quand il s’agit de réformes structurelles.
Bruxelles ne serait ni la première ni la seule Région à moderniser son service public de l’emploi.
En France, l’État a fusionné dès 2008 (ANPE et les ASSEDIC) les structures d’accompagnement et d’indemnisation pour créer Pôle emploi,
En 2024, une nouvelle étape a été franchie, une réforme plus ambitieuse encore avec France Travail. Objectif : un guichet plus lisible, un suivi plus intensif et une coordination obligatoire entre tous les acteurs de l’emploi.
Cette réforme vise :
- un suivi plus intensif des publics éloignés de l’emploi
- une coordination obligatoire entre tous les acteurs (missions locales, départements, et opérateurs de formation)
- des engagements réciproques plus clairs entre le demandeur d’emploi et le service public.
On peut débattre des modalités. Mais le signal est clair : face au chômage structurel, la France a choisi de restructurer en profondeur son service public de l’emploi
En Wallonie, le Forem a lui aussi été modernisé pour accélérer l’activation, mieux orienter vers les métiers en pénurie et renforcer le suivi individualisé.
Alors pourquoi Bruxelles devrait-elle être la seule à considérer que son modèle actuel ne peut être questionné ?
Réformer n’est pas stigmatiser. Réformer, c’est adapter un outil public aux réalités du terrain.
Sur le fond, il existe un désaccord réel : pour une partie du monde syndical et associatif, ces projets risquent de basculer vers une logique de contrôle et de sanction, avec davantage d’obligations, moins de possibilités de recours et plus de pénalités — une approche jugée inefficace pour créer de l’emploi et dangereuse socialement. Le PS s’inscrit souvent dans cette lecture : protéger un modèle d’accompagnement et de concertation, éviter l’activation vécue comme punitive.
Mais l’inverse est tout aussi vrai : ne rien changer, c’est accepter que des milliers de Bruxellois restent trop longtemps dans des parcours flous, avec des délais qui s’étirent, des orientations tardives, et une perte progressive de confiance.
Ce statu quo n’est pas neutre : il pénalise d’abord ceux qui ont le moins de réseau, le moins de diplômes, le moins de maîtrise linguistique, et qui ont besoin d’un accompagnement rapide, exigeant et concret.
Réformer Actiris, ce n’est pas “taper sur les chômeurs”. C’est au contraire refuser de laisser des personnes dans l’attente et l’isolement administratif. C’est clarifier une mission : accompagner vite, orienter bien, former vers les métiers qui recrutent, et mesurer les résultats avec transparence.
Bruxelles a mieux à faire que des nuits de blocage parlementaire. Quand une institution est financée à ce niveau par la Région, la question n’est pas “faut-il réformer ?”, mais comment réformer intelligemment : avec des objectifs clairs, une concertation réelle, des garanties sociales, et une obsession partagée pour le retour à l’emploi. C’est cette réforme-là que nous devons aux Bruxellois.




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