Budget 2026 à Uccle: pourquoi je me suis abstenue
- Patricia Nagelmackers
- 13 févr.
- 3 min de lecture
Hier, jeudi 12 février 2026, j'ai siégé au Conseil Communal de Uccle dans une ambiance particulière. Les discussions sur l'accord de gouvernement bruxellois étaient en cours de finalisation. Et tous les conseillers présents recevaient de leur groupe politique des sms en temps réels sur l'évolution de la situation.
Les discussions communales ont donc commencé dans une sorte d'ambiance légèrement décousue, électrique mais professionnelle. Après l'intervention de la 1 ère échevine en charge des finances Valentine Delwart qui revenait tout juste du conclave bruxellois, chaque parti d'opposition a présenté son analyse du budget. Et nous, les Engagés, nous nous sommes livrés au même exercice. Pour ma part, c'est mon deuxième budget en tant que cheffe de groupe des Engagés de Uccle. J'ai donc construit une réaction plus politique que lors du premier exercice.
En fin de séance, après toutes les interventions et questions, la majorité du conseil communal, composée du MR, Ecolo et Défi, a adopté le budget 2026 et au nom des Engagés, j’ai choisi de m’abstenir.
Pas par opposition automatique. Mais parce que ce budget dit quelque chose de plus profond : aujourd’hui, les communes sont prises dans un étau financier… et ce sont de plus en plus les habitants qui absorbent la pression et particulièrement la classe moyenne dont je fais partie. Et sans classe moyenne, une commune s'appauvrit.
Une équation devenue structurelle
Uccle, comme toutes les communes bruxelloises, fait face à une hausse mécanique de ses dépenses :
indexations salariales,
hausse des pensions, malgré les compensations du Fédérale
inflation des coûts,
énergie,
besoins sociaux en augmentation.
Les dépenses montent seules. Les recettes, beaucoup moins.
Résultat : pour maintenir l’équilibre, la fiscalité locale devient progressivement la variable d’ajustement.
Et concrètement, cela passe par la hausse précompte immobilier. Et à Uccle, le cadastre est particulièrement élevé. Donc une hausse du PRI même faible ou dans la moyenne régionale a des répercussion importante sur le pouvoir d'achat des citoyens Ucclois.
Derrière l’impôt, des vies réelles
On parle souvent de centimes additionnels comme d’une ligne budgétaire. Mais c’est en réalité un choix de société.
Il concerne directement :
des familles qui remboursent encore leur maison,
des retraités qui veulent y rester,
des ménages de classe moyenne,
et indirectement les locataires.
À court terme, augmenter l’impôt équilibre un budget et dans le cas de Uccle offre même un boni de 4 millions. À long terme, cela modifie une commune.
Car un phénomène nouveau apparaît : les habitants ne comparent plus seulement les communes… ils comparent les régions. Et certains arbitrages changent.
Pas de départs massifs. Mais des départs silencieux de jeunes familles, de cadres moyens qui recherchent une fiscalité plus douce, plus juste.
Avant d’augmenter, réformer
Je ne nie pas les difficultés financières. Elles sont réelles.
Mais avant de demander un effort supplémentaire aux citoyens, toutes les pistes de réorganisation structurelles de l'administration communale et du CPAS qui perd 4 millions avec ses 2 homes doivent être explorées comme la mutualisation des services ou des achats.
De plus, la charge de la dette liée aux investissements, comme par exemple l'achat d'un nouveau commissariat, la verdurisation des rues, pèse aussi lourd dans le budget ordinaire. Les choix d'investissements proposés par la commune doivent être , en situation de pression budgétaire, prioritaires et nécessaires pour les ucclois. Et certains choix de la majorité interrogent. Surtout que ces choix et ces remboursements seront portés par les générations futures.
L’impôt doit donc rester l’ultime levier en cas de pression budgétaire. Pas le premier réflexe.
Cela suppose une vraie trajectoire :
maîtriser durablement les dépenses,
anticiper les charges sociales futures,
clarifier les priorités communales.
Sinon, chaque budget prépare simplement le suivant.
Le vrai enjeu : l’équilibre social
La question dépasse le budget 2026. Elle concerne le modèle que l'on choisit pour Uccle: un commune vivante; une commune vieillissante ou une commune dortoir réservée à une élite
Une commune reste vivante si plusieurs générations peuvent y vivre. Si la classe moyenne, si les jeunes familles hésitent à s'y implanter et s’éloignent progressivement, la solidarité locale s’affaiblit aussi.
Une solution aussi régionale
Les communes ne pourront pas résoudre seules cette équation. Le refinancement et la clarification des missions doivent aussi venir du niveau régional. Les perspectives annoncées pour Bruxelles vont dans ce sens et devront apporter de l’oxygène aux finances locales.
Mon abstention est donc simple.
Aujourd'hui, le budget est prudent, à l'équilibre et dégage un boni de 4 millions mais la trajectoire n’est pas encore sécurisée pour demain. Il ne faut pas que le recours à la fiscalité devienne systématique.
Gérer une commune, ce n’est pas seulement équilibrer des comptes. C’est permettre à ceux qui y vivent de continuer à y vivre.




Commentaires