Bruxelles : un marché de l’emploi riche… mais profondément inégal
- Patricia Nagelmackers
- 26 mars
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 mars
Bruxelles intrigue. Capitale européenne, cœur économique du pays, elle concentre les sièges d’institutions internationales, des entreprises, des administrations… et des dizaines de milliers d’emplois.
Et pourtant, un paradoxe persiste: les Bruxellois profitent moins que les autres de cette richesse économique.
Comment expliquer ce décalage ?
Un constat sans appel : Bruxelles décroche
Les chiffres sont clairs.
Le taux d’emploi à Bruxelles atteint 58,9 %, contre 66,7 % en moyenne en Belgique
Le taux de chômage y est deux fois plus élevé (11,9 % contre 5,8 %)
Autrement dit à Bruxelles, moins de personnes travaillent et plus de personnes cherchent un emploi.
Mais cette lecture reste incomplète si on ne regarde pas ce qui se cache derrière.
Le grand paradoxe bruxellois
Bruxelles n’est pas une région sans emploi. Au contraire. On y compte près de 810.000 emplois, pour environ 500.000 travailleurs bruxellois.
Cela signifie qu’une grande partie des emplois bruxellois est occupée par des navetteurs venant de Flandre et de Wallonie.
Ce qui veut dire que Bruxelles crée de l’emploi mais ces emplois ne bénéficient pas suffisamment à ses habitants
C’est là que se situe le cœur du problème!
Une fracture dans les compétences
Autre paradoxe : Bruxelles est à la fois très qualifiée… et très inégalitaire.
Plus de 53 % des Bruxellois sont diplômés du supérieur (plus que la moyenne nationale)
Mais une part importante de la population cumule :
faible niveau de qualification
diplômes non reconnus
difficultés linguistiques
Le marché du travail est très polarisé.
D’un côté, des emplois très qualifiés (institutions européennes, finance, services) et de l’autre des publics qui peinent à y accéder
Une économie tournée vers les services
Bruxelles est une économie à part.
Plus de 90 % des emplois sont dans le secteur tertiaire
Forte présence de :
l’administration publique
les services
les institutions internationales
Cette structure crée :
des emplois qualifiés
mais aussi des barrières d’entrée plus élevées
Là où certaines régions industrielles offrent des emplois plus accessibles, Bruxelles exige souvent plus de qualifications.
Bruxelles : une fracture sociale et de l’emploi qui se lit commune par commune
On ne peut pas parler du chômage à Bruxelles sans regarder la carte.
Car la réalité est brutale : selon la commune où l’on habite, les chances d’avoir un emploi ne sont pas les mêmes.
Des écarts qui vont du simple au double.
Prenons quelques communes représentatives (données récentes IBSA) :
Uccle
Taux de chômage : 10,3 %
Taux d’emploi : 60,2 %
Ixelles
Taux de chômage : 12,0 %
Ville de Bruxelles
Taux de chômage : ± 16 %
Molenbeek-Saint-Jean
Taux de chômage : 21,0 %
Jusqu’à 27 % chez les jeunes
Saint-Josse-ten-Noode
Taux de chômage : 20,9 %
Ce n’est pas seulement une différence de chiffres.
C’est un système qui se renforce :
moins d’emploi → plus de précarité
plus de précarité → moins d’accès à la formation
moins de formation → moins d’emploi
Une politique de l'emploi uniforme, c’est une politique inefficace.
Une ville jeune, diverse… et sous pression
Bruxelles est aussi une région :
jeune
très internationale (37 % de nationalité étrangère)
C’est une richesse, mais aussi un défi :
intégration rapide sur le marché du travail
reconnaissance des diplômes
apprentissage des langues
Le marché de l’emploi doit absorber une population en croissance et en transformation constante et faire face à un chômage plus structurel
Contrairement à d’autres régions, le chômage à Bruxelles n’est pas seulement conjoncturel.
Il est souvent :
de longue durée
lié à des obstacles structurels (formation, mobilité, langue)
On n’est pas face à un simple manque d’emplois,mais à une inadéquation entre les profils et les opportunités.
Ce que cela change dans le débat politique : faire en sorte que la richesse économique profite davantage aux habitants.
Dès lors, les priorités doivent évoluer :
mieux connecter les Bruxellois aux emplois existants
investir dans la formation et la reconnaissance des compétences
renforcer les politiques d’insertion
améliorer la mobilité
lever les barrières linguistiques par l’apprentissage du français et du néerlandais
En conclusion, Bruxelles est un moteur économique puissant, mais un moteur qui ne tire pas tout le monde à la même vitesse. Pendant des années, le débat s’est concentré sur la création d’emplois. Mais cette réponse ne suffit plus.
Créer davantage d’emplois dans une région qui en compte déjà autant ne résoudra pas le problème si une partie de la population reste structurellement à l’écart.
De la même manière, l’activation seule ne peut être une réponse.
Demander à chacun de chercher un emploi est légitime.
Mais encore faut-il que cet emploi soit réellement accessible.
Ce constat global masque une autre réalité, plus dérangeante encore; tous les Bruxellois ne sont pas égaux face à l’emploi.
Selon la commune où l’on vit, les chances de travailler varient fortement.
Dans certains quartiers, le chômage des jeunes atteint même des niveaux alarmants.
Entre certaines communes, le chômage est donc multiplié par deux.
Ce n’est pas une différence marginale. C’est une fracture.
Sans politique différenciée entre le Nord et le Sud de Bruxelles, sans formation adaptée, sans reconnaissance des compétences, sans accompagnement concret, l’activation devient une injonction inefficace.
C'est pour cela que je milite pour une refonte d'Actiris, un rapprochement plus efficace de cette administration avec Bruxelles Formation afin de permettre un suivi individualisé et rapide (dans les 2 mois) des chômeurs.




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