Bruxelles face au défi du vieillissement : sortir enfin de l’angle mort politique
- Patricia Nagelmackers
- 28 avr.
- 3 min de lecture
Parler du vieillissement à Bruxelles, c’est parler d’un sujet que l’on préfère souvent éviter. Un sujet discret, peu visible, rarement prioritaire. Et pourtant.
Aujourd’hui, dans notre capitale, près d’un senior sur deux vit seul. Un sur cinq ne peut pas compter sur quelqu’un en cas de difficulté grave.
Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Ils révèlent une réalité profonde : celle d’un isolement social massif, silencieux, et encore trop peu combattu.
En tant que déléguée des aînés à Bruxelles pour Les Engagés, je suis convaincue d’une chose : nous faisons face à un angle mort politique.
L’isolement, première des urgences
On parle beaucoup de pouvoir d’achat, de sécurité, de logement. Mais on parle encore trop peu de solitude.
Et pourtant, l’isolement est un facteur déterminant : il fragilise la santé, accélère la perte d’autonomie, et mine la dignité.
À Bruxelles, il est aggravé par l’anonymat urbain, la perte de repères, et parfois la rupture des liens familiaux.
La question est simple :acceptons-nous qu’une partie de nos aînés devienne invisible ?
Une précarité bien réelle, souvent sous-estimée
Contrairement à certaines idées reçues, tous les aînés ne sont pas à l’abri.
Dans une ville où les loyers explosent et où beaucoup sont locataires, les pensions ne suffisent pas toujours. Les carrières hachées — notamment celles des femmes — laissent des traces durables.
Et à cela s’ajoute un phénomène inquiétant : le non-recours aux droits. Trop de personnes passent à côté d’aides essentielles, faute d’information ou face à des démarches trop complexes.
C’est un paradoxe inacceptable dans un État social.
Vieillir chez soi : un droit encore théorique
La plupart des aînés veulent rester chez eux. Mais dans les faits, ce choix est souvent contraint.
Logements inadaptés, manque de services lisibles, difficultés d’accès : tout concourt à rendre le maintien à domicile plus difficile qu’il ne devrait l’être.
Résultat : des entrées en maison de repos qui ne sont pas toujours choisies, mais subies
Une ville pensée sans ses aînés
Il suffit de marcher quelques rues pour le constater : trottoirs dégradés, peu de bancs, traversées peu sécurisées.
Pour beaucoup de seniors, sortir devient un défi. Et lorsqu’on ne sort plus, on s’isole. Et lorsqu’on s’isole, on décline.
Et je ne parle même pas des transports en commun que ce soit métro ou bus. Des arrêts peu adaptés, des marches à franchir, des ascenseurs en panne.
Ce cercle est bien connu. Il est aussi évitable
Changer de cap : une question de volonté politique
Le vieillissement de la population n’est pas une surprise. C’est une évolution prévisible, documentée, et qui va s’accélérer dans les prochaines décennies.
Ne pas s’y préparer serait une faute politique.
Les solutions existent. Elles sont connues :
lutter activement contre l’isolement, à l’échelle des quartiers
simplifier radicalement l’accès aux droits
adapter les logements et l’espace public
soutenir les aidants proches
investir dans la prévention plutôt que réparer dans l’urgence
Mais au fond, il ne s’agit pas seulement de mesures. Il s’agit d’un choix.
Quel regard portons-nous sur le vieillissement ?
Le vieillissement est trop souvent perçu comme un coût, une contrainte, un problème à gérer.
Il devrait être vu autrement : comme une étape de vie à accompagner dignement.
Parce qu’au fond, cette question ne concerne pas “les autres”. Elle nous concerne tous.
Ne plus détourner le regard
Faire du vieillissement une priorité, ce n’est pas céder à une logique catégorielle.
C’est renforcer la cohésion sociale. C’est investir dans une ville plus humaine. C’est anticiper plutôt que subir.
Bruxelles peut devenir une ville où l’on vieillit bien. Mais cela suppose une chose :ne plus détourner le regard.
Une société qui prend soin de ses aînés est une société qui prend soin de tous.
C'est pour cela que j'ai déposé à Uccle une question orale qui demandait à la commune de rejoindre le réseau " Villes amies des Ainés"




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