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Bruxelles a enfin un gouvernement. Et maintenant, tirons les leçons.

  • Photo du rédacteur: Patricia Nagelmackers
    Patricia Nagelmackers
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

600 jours pour former un gouvernement bruxellois : une leçon à ne pas oublier

Il y a deux mois, j'ai eu la chance de participer à un débat sur entre Ahmed Laaouej (PS) et Frédéric De Gucht (Anders) – animé par le professeur Dave Sinardet – sur la manière dont Bruxelles peut surmonter l’impasse institutionnelle et construire un système politique qui reflète sa diversité.

Débat animé mais fort intéressant qui pose une vraie question: la réforme de notre mode électoral bruxellois.

Bruxelles a attendu plus de 600 jours pour se doter d’un gouvernement. Presque deux ans.

Aujourd’hui, un exécutif régional est enfin en place et c’est évidemment une bonne nouvelle. Bruxelles a besoin d’un gouvernement capable de décider et d’agir face aux défis majeurs que sont la mobilité, le logement, la sécurité ou encore les finances publiques.

Mais si la crise est terminée, une question demeure :

est-il normal qu’une Région comme Bruxelles ait besoin de 600 jours pour former un gouvernement ?

La réponse est non.

Comme conseillère communale à Uccle, je constate à quel point les décisions régionales influencent directement la vie quotidienne : aménagement du territoire, mobilité, financement des communes ou encore sécurité. Lorsque la Région est bloquée, c’est l’ensemble des niveaux de pouvoir qui avancent plus difficilement.

Ces 600 jours ne peuvent pas être considérés comme un simple épisode politique. Ils doivent nous amener à réfléchir au fonctionnement de nos institutions.

Un système institutionnel exigeant

Le système électoral bruxellois repose sur un principe essentiel : l’équilibre entre les communautés linguistiques.

Les élections régionales sont organisées en deux collèges distincts, francophone et néerlandophone, et la formation d’un gouvernement exige une double majorité : une majorité au Parlement et une majorité dans chaque groupe linguistique.

Ce mécanisme protège la minorité néerlandophone et garantit le caractère bilingue de Bruxelles. Cet équilibre est légitime et doit être préservé.

Mais il rend aussi la formation des gouvernements particulièrement complexe.

Un système sous pression

La vie politique bruxelloise est devenue plus fragmentée. Il y a plus de partis. Les majorités nécessitent désormais de rassembler un grand nombre de partis dans chaque groupe linguistique. Chaque formation politique devient alors indispensable et dispose d’un pouvoir de blocage important.

Dans la plupart des démocraties, une majorité parlementaire suffit pour gouverner. À Bruxelles, ce n’est pas le cas.

Le système protège les équilibres institutionnels, mais il rend les crises plus longues et plus difficiles à résoudre.

Les 600 jours que nous venons de vivre doivent être compris comme un signal d’alerte.

Si rien ne change, il est possible que les prochaines formations de gouvernement soient encore plus compliquées.

Protéger les équilibres, permettre la décision

Une démocratie doit protéger les minorités, mais elle doit aussi permettre de décider.

Une Région comme Bruxelles ne peut pas fonctionner durablement avec de longues périodes d’incertitude politique. Les projets sont retardés, les réformes sont suspendues et la confiance des citoyens s’érode.

Les Bruxellois ont le droit d’attendre des institutions capables de produire des majorités dans des délais raisonnables.

C’est pourquoi il est légitime d’ouvrir une réflexion sur l’évolution du système électoral bruxellois.

Ouvrir le débat

Réfléchir à l’avenir de nos institutions ne signifie pas remettre en cause l’équilibre linguistique bruxellois. Mais il est raisonnable de se demander si le système actuel reste le mieux adapté aux réalités politiques d’aujourd’hui.

On pourrait notamment envisager :

  • une dimension plus clairement bruxelloise dans les élections, avec par exemple une part de députés élus sur des listes communes ou bilingues

  • des mécanismes permettant d’éviter les blocages prolongés

  • des pistes pour favoriser des majorités plus stables.

Ces idées ne constituent pas un programme de réforme, mais des pistes de réflexion.

Tirer les leçons

La formation du gouvernement bruxellois met fin à une période difficile. Mais elle ne doit pas nous faire oublier ce que nous venons de vivre.

600 jours sans gouvernement de plein exercice ne sont pas un détail institutionnel. C’est un signal que nous devons entendre.

Bruxelles mérite des institutions capables de protéger ses équilibres tout en permettant de gouverner efficacement.

Ouvrir ce débat n’est pas un risque pour Bruxelles. C’est au contraire une condition pour son bon fonctionnement.


 
 
 

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